vendredi 15 mai 2020

Le papillon naît de la fleur


Le poète demanda un jour au ciel : « quel est cet étrange animal volant ? » en désignant du doigt un papillon. La réponse du ciel ne se fit pas attendre : « mon enfant, c’est une fleur qui vole ».



Le papillon naît de la fleur

Les fleurs comme une flûte
S'agitaient dans le vent
qui les soufflait,
Au gré de ses volutes
En mouvement.


Mais rien ne laissait présager
Qu’un papillon  s’y poserait
Pour troubler l'ordre du temps,
Bouleverser les règles imposées
Par le maître vénéré des saisons.

Le poids infime de son aile
Fit pourtant basculer l’échafaudage 
Sur lequel se tenait le Ciel
Qui venait de tourner à l’orage.

Le chant du papillon
Imperceptible et frémissant
Venait de cogner aux oreilles du vent !

Pourrais-tu te taire un instant
Le temps que la Fleur se repose
Du balancement incessant
Que tu lui imposes
Sans son consentement ?

Comment le battement d'une aile
Légère comme le vent
Pourrait bien interrompre le souffle constant
Qui dérange la fleur aux pétales dormants ?

C'est que le Ciel aussi haut soit-il
Vous entend,
Petit, grand, fort ou subtil,
Sachez qu'il vous comprend,
Et parfois même dans son élan,
Vous aime et vous surprend.

                                                                                      Philippe Belardi, 15 mai 2020.





samedi 25 avril 2020

La clé


                          La clé



J’ai senti le doux parfum des secrets

D’un matin d’été du sud, éclairé,  

Une fleur, un papillon à ses côtés,

Me soufflaient à l’oreille leur chant sucré.



Fallait-il leur trouver les mots légers

Qui transportent les doux vents alizés,

Et qui réunissent l'humanité

Autour du même feu illuminé ?



C’est que le doute encore m’empêchait

De penser l’instant possible, et perlé

Des rêves étoilés autour d'un collier

Qu'ils nous offriraient, comme une clé.



Que pouvait bien-t-elle ouvrir comme secret ?

Quand mon cœur seul et abandonné 

Cherche la lumière dans la nuitée.



Aurais-je aussi « à jouer dans le vent »,

Entendre les sons dormants du hautbois

Me réveiller, redevenir l’enfant

Qui attrape le vent, comme les papillons

Caressent les fleurs du bout des doigts ?


Puis-je cueillir leur intime rencontre,

Dans mes yeux voués à ce qui se montre ?



J’achevai le poème dans le calme blanc

D’une page qui avait su capter

Le présent de la plus pure émotion :

"L'éternité qui se retient dans l'instant" !


Je vivais enfin l’immense privilège 

Du seul don qui nous a été offert :

Un accord qui se joue en arpège

Au diapason de notre chère Terre :

                        « La nature parle,
Et nous sommes les seuls à pouvoir l'entendre ».

dimanche 23 février 2020

Sentiment primordial

L'empreinte originelle sur nous, notre forme, est l'écho immanent et résonnant que les dieux ont déposée. Elle est notre vécu le plus lointain et le plus proche à la fois, oublié et surmonté à chaque instant par un registre émotionnel qui la transporte autant qui la masque.

Le sentiment primordial git en un lieu formel, corporel, scintillant en silence comme un cristal de diamant, irradiant ses rayons jusqu'à une surface que nous appelons l'existence : notre corps ouvert, offert à son extériorité.

S'agit-il de la joie de Spinoza, du sentiment tragique et pessimiste d'Héraclite ou Schopenhauer, de l'angoisse de Kierkegaard, Heidegger ou Freud, de l'ataraxie des stoïciens grecs, pour ne citer que ces exemples ? Plus encore, pouvons-nous soupçonner un autre sentiment, l'Amour, si l'on tend notre oreille au regard poétique que nous devons poser sur le monde, dont un certain André Breton disait : "Au départ il s'agit pas de comprendre mais d'aimer" ; dans ce cas, il faudra nous interroger, sur ce qu'est l'Amour.

Notre enquête nous a mis sur un chemin parsemé de découvertes : l'idée de séparation liée à l'oubli de l'être voire à l'oubli de l'oubli de l'être, a crée un vide dans lequel se sont glissés pour le combler, les sentiments d'angoisse, de tristesse, d'absurde, versus joie, tranquillité, volonté de puissance ou que sais-je encore ! La réaction psycho-affective à notre condition mutilée par l'oubli est un désastre au sens étymologique, car séparé de notre étoile originelle, le désir provenant de notre éloignement avec elle, produit un manque insurmontable, une source de conditionnements qui, tous pris dans leur globalité, se transforment en une question que la philosophie doit prendre à sa charge, soutenue par la poésie, sa grande sœur qui l'accompagne dans son aventure.

Ce chemin escarpé mérite qu'une main attentive nous guide pour ne pas tomber dans les choses déjà dites (croyances) qui n'ont fait qu'être maquillées au gré de l'histoire des idées, pour paraître nouvelles et séduisantes de manière à nous rassurer, nous endormir, dans un phormol intellectuel.

Le poète d'ailleurs, métaphore d'un souvenir éclaté (les fragments du réel), rassemble grâce au langage poétique (le filet analogique) ce qui ne l'est pas, ou plus, par manque d'ouverture, d'audace, et d'espoir. Nous avons séparé le corps de l'esprit, puis l'esprit de la réalité, puis la réalité du réel, puis le le réel du surréel, pour créer des catégories que les nouveaux liens logiques (nivelés et indexés à chaque catégorie) viendront conforter : autant de réductions de puissance imposées à l'homme qui est un ensemble alors divisé, fragmenté, séparé de sa totalité.

Pourtant, peut-être, suffirait-il qu'en un espace, un point de la totalité, survienne l'événement de la totalité reconquise, la parousie, pour qu'elle soit étendue par effet systémique à l'ensemble de l'ensemble de l'ensemble, comme une onde de choc traversant sa propre contrée jusqu'aux rives des horizons brumeux et lointains. L'homme n'est pas encore Homme.

L'idée est que cette reconquête de sa nature propre passe par l'émotional, l'émotionnel ontologique, et qu'il s'agit de déterminer selon une méthode assez originale, à la manière de Novalis (mais en procédant à l'inverse) où, en partant de la pensée obscure et confuse philosophique (s'opposant à Descartes) la pensée poétique claire et distincte nous éclaire dans notre quête de vitalité plus que de vérité : se sentir vivant plus qu'animé par la raison à savoir le sentiment de vérité. Bien sûr, cela nous impose un acte fort, engendrant la requalification de certains concepts tels que le corps, l'esprit, la raison, la vérité, la perception, la sensation... tout autant d'éléments qui ont été abordés dans une première ébauche (notre thèse) qui doit être  plus menée en profondeur.

La chair invisible doublure de notre corps physique, met qui a le premier rôle dans le scénario ontologique qui lui est assigné, est le temple qui garde l'Emotion que nous traquons au moyen... de quoi au juste ? De la mémoire. Pas celle qui nous avons développée pour fonctionner ici, dans cet ici et maintenant composé de passé et de futurs hypothétiques projetés avec du passé aggloméré et réagencé, mais une mémoire appartenant à un autre temps qualitatif qui se montre sous la figure de du Kairos et qui se terre sous le chronos, le Aïon.  Ces trois modalités du temps que les grecs avaient explicitées, nous enjoignent à une réflexion critique quant au temps qui souvent à réduit à un espace (notre corps et son environnement) nous encercle dans des limites de pensée. Limites qui nous séparent de ce que nous cherchons.


Mémoire et temporalité ne font qu'Un, mais de quelle mémoire parlons-nous, et de quel temps parlons-nous ?
La mémoire nous enseignent les psychologues est triadique, se déclinant en mémoires autobiographiques, sémantique et procédurale, nous permettant d'avoir une identité propre, avec l'idée d'une certaine autonomie, liberté et responsabilité, un vécu à part entière, la faculté d'user d'un langage commun à notre espèce, et d'apprendre à fonctionner en réalisant et répéter certaines tâches s'inscrivant dans certaines fonctions, bref de disposer d'outils. Mais cette mémoire est le voile qui cache une mémoire plus archaïque, celle qui reçut l'empreinte du premier sceau créateur.

Elle est donc souvenir soupçonnable qui se montre sous la forme d'un écho chuchotant à notre intuition dont la limite de portée, se réduit à une impression sensible à peine perceptible et pourtant ! C'est à partir de cette intuition liée à son pendant perceptif que nous nous devons de partir pour remonter à leur source unique.

La mémoire sous son manteau doublé, cache donc le trésor d'un récit dont la maille, le complexe, s'attache à nous conter son histoire, mais l'écho qui en est la porte d'entrée, est à capter dans un silence particulier que nous souhaitons interroger. Ce silence fait taire les bruits parasites d'un monde refermé sur lui-même pour s'ouvrir vers une transcendance-immanente ce qui signifie qu'au départ, un saut qualitatif s'impose pour s'extraire du bruit du monde et entrer dans une zone de silence particulier, espace transcendantal à partir duquel le silence en nous, par résonnance, entre en communion  avec notre empreinte originelle. Ce saut est un saut particulier : un saut dans le silence.












samedi 21 décembre 2019

Noel

Cristal de Bohême.

Petite étincelle perdue
Vers moi revenue
A caresses d'ailes,
Le cristal brille
De son cœur Bohême
Eternel !

Je suis l'Enfant devenu grand,
Levant les voiles
Qui ballotent les années dans
Le vent salé
Des nuits belles,
Du ciel Profond
Et argenté.

Jour étincelle,
Enfant de l'Etoile
Et de son matin,
J'accueille sur les rives
De l'Aurore,
Ton rire
Dans mon cœur,
Ton feu
Qui fait fondre en Or,
Tous les lendemains...

Oh, Matin fait de l'or de tes lendemains !
Présent, présent, présent... Je t'honore.

                                       Le présent est la somme des lendemains consumés dans l'instant d'un passé, s'abandonnant dans les bras de son destin. 

Philippe Belardi.












dimanche 14 juillet 2019

L'Archaïque dit le cheyenne

Un chat sauvage s'est éteint, une étoile s'est allumée.

Il transportait le ciel depuis trop longtemps
sur son manteau couleur sable,
Et ses yeux suffisaient pour le dire,
Car vous y lisiez notre galaxie
et toutes les promesses
qui nous sont adressées par delà
notre présent trop présent.
Il était le désert abritant la source d'eau vive.

L'archaïque avait traversé les âges et le temps
pour venir nous compter sa sagesse,
par son calme, sa gentillesse parfois même sa sensibilité…

S'il était sauvage et vigilant, il avait su baisser sa garde
Pour se livrer : un cœur de sage dans l'écrin d'un corps de chat ! Sa forme avait été choisie
pour son charme et sa force, il en résultait une étrange et subtile alchimie qui captivait votre pensée et votre émotion, car le cheyenne n'était pas un chat ordinaire, le cheyenne venait d'ailleurs, un ailleurs fait de montagnes  de cristal sculptées  dans la lumière du soleil bleu clair, ...  Saphir.

Ses yeux, son regard et le fond qu'ils abritaient resteront gravés dans notre mémoire et nos cœurs !

Merci Cheyenne, d'avoir croisé notre route,
Tu as quitté notre humble maison pour une plus belle demeure,
Tu nous as laissé un message d'espoir, de cœur,
Nous t'en sommes reconnaissants.
Cheyenne, continue ton voyage,
Nous, nous te gardons dans notre cœur.

Noune et Philippe.

dimanche 17 mars 2019

Poésie



Poésie,


Je t’ai prise au mot, tu m’as pris le cœur,
Ce soir où le mal en peine 
M’avait conduit à toi sur les toits de Paris,
Tout-là haut,

Où le ciel me confiait son Etoile ouverte aux pétales de ma vie.


Alors demain

Le  matin pourra se lever,
Je ne quitterai mon rêve que pour la retrouver, 
Te retrouver...

Au beau milieu d’un sonnet, d’une prose assoiffée,  
Etreinte de ton amour, de ta passion, 

Oh  volupté !

Poésie,  je t’écris sans conter
Pour entendre ta voix si, par chance,
Ton murmure, dans le silence,
Me chuchotait les rimes esseulées.

                             Philippe Belardi, Poésie, 17 mars 2019. Poème dédié à André Breton.







 

samedi 15 décembre 2018

Qui de nous deux


Qui de nous deux,

La Vie

Ce mot, ce nom accroché à une ficelle que le vent de mon existence ballote,

Une corde sur laquelle enfants nous avons tous joué à sauter,

Le feu follet que la main visible se refuse à  saisir,

Que nos bras trop courts renoncent à embrasser.
Qui de nous deux fera le premier pas

Qui de nous deux se rapprochera.

Inutile de prendre des chemins escarpés, risquer les précipices, tenter le diable,
Pour t'esquiver.  

Tu ne connais qu’une règle, ne respecte qu’un principe,

Te cacher, te dissimuler pour mieux  surprendre.

Est-ce un jeu que tu jouerais seule,

Une histoire que tu écrirais sans oser la chute

Que tu rattrapes à chaque bout de ligne,
Comme pour retisser à l’encre éternelle le motif de ton œuvre
Que j'imagine parce qu'il me serait défendu ?

Il faudra pourtant que tu termines ce que tu as commencé,
Que j’achève le poème puisque c’est dans cette langue
Que tu as choisi de te livrer à demi-mots,
Ceux que je dois recoller pour réparer tes secrets.

Il faudra bien que tu avances d’un demi-pas vers moi pour que je sente ton parfum qui me hante et se dissipera enfin
Dans ta lumière éclatante ! 

Qu’importe si tu te fais attendre, puisque tu as sculpté dans l’éternité le désir 
Qui chute dans le Temps.

L’Homme est "un poème que tu as commencé" nous dit le philosophe,
J'ajouterai qu'il est le Mythe que tu t’es créé,
Pour te contempler,
Un rêve qui pour nous hommes, est devenu notre réalité.

Sais-tu au moins qu’il n’y a rien de plus éternel et présent que le mythe,
Que la pensée toute entière s’abreuve à sa source pour se baigner dans son lit ?

Alors… moi qui suis ton premier rêve, ton premier acte d’amour,
J'irai cueillir dans la brume de ton sommeil 
Le mot précieux, pour te réveiller.

Qui de nous deux, décembre 2018,

Philippe Belardi « Dans le désir de Lettre(s) ».

dimanche 30 avril 2017

L'arbre dans le vent



Quelle peur agitait donc tes feuilles belles et tremblantes,
ballotées par le doux vent chaud
du printemps ?

Toi, l'arbre de soie,
Tu cachais sous ta peau de bois
Tout un monde intime,
Baignant dans la lumière
secrète,
De ton vert intact
Protégé du temps.

Ton âme cachée au plus profond de tes nervures,
indécelables au toucher,
Palpables seulement dans le mouvement
De ton élan,
Je l'ai vue, moi, s'agiter.

Là où l'ignorant ne vît qu'un arbre bouger,
L'innocent s'émut de voir le mariage du vent et du bois
Faire voler en éclat
Le silence étendu, arraché à son immobilité.

Qui  est ta danseuse invisible suspendue à tes bras de brindilles,
Toi l'Arbre qui te plie pour suivre ses pas incorruptibles ?
Toi qui te soumet à son rythme intense
Qui t'emmène loin de ta fixité verticale ?
Qui est-elle, cette belle colombe en robe de cristal
Qui t'a fait oublier le refuge de ta source minérale  ?

C'est pourtant au cœur de son jeu habile
Que j'entendis presque inaudible,
 Et Imperceptible, ton craquement :
Ta voix d'éclairs, écrasant l'air de ton timbre éclatant.

Tu me dis que ta danseuse impérieuse,
Indocile à tes pas immobiles
T'avait conduit loin de ton cœur de bois
Qui s'était refermé sur lui-même, pour se protéger des grand froids.

Que pour répondre à sa voix rieuse
Qui avait frôlé l'insolence de l'instant,
Tu avais exaucé ses paroles 'supplieuses'.

Que ton  tissu d'écorces encore endormi  du printemps,
 Avait frissonné pour la première fois,
Craquelé comme le vieux cuir tanné
Du temps.

Tu me dis qu'elle était née du grand vent,
Qu'elle dansait sur la brise
Comme d'autres chantaient le mauvais temps.

Que sa main plus forte qu'un séisme
T'avais caresser comme le chant velours du rouge-gorge,
 T'avais conquis par son doux parfum de vanille
Aux accents blonds-d'orge-dorés,
Parfumés d'embruns de lointaines îles,
Au thym-passion-sucré.

Tu me dis que seules tes racines t'avaient empêché
De la rejoindre dans les hauteurs du ciel transparent.
Que de toi-même tu les aurais sans doute coupées
Si elle ne t'avait pas supplié à l'oreille
De les épargner de l'ardeur du soleil
Que l'été persistant
Aurait sacrifié au ciel brûlant.

Que le soleil chaud de la saison
Tomberait sur elles
Sans se soucier de la terre
Nourricière ouverte aux quatre vents.

Que voulait-t-elle donc,
Cette dame aux allures inhabituelles?
Qui était-elle donc, derrière son mystère,
Et son apparat d'hirondelle ?

Une danseuse invisible,
Invincible,
Voyageuse des grands vides et complice du beau temps,
Libre comme l'air
Transparente comme une eau claire
Qui pleut du printemps,
Quand la neige éternelle des sommets éclatants
La jalouse même en secret,
Comme si le désert
Venait l'exhorter à fondre sur le champ.

N'avait-elle plus qu'un rêve à exaucer
Pour faire de sa vie son compagnon,
Du visible son amant,
Apparaitre en image pour se laisser mourir pour de bon...
Une image que le plus aveugle verrait dans l'instant.

Rester là auprès de ce géant de terre,
Qui aurait su la faire prisonnière
Pour un court instant,
La retenir loin de son repos éphémère
Pour qu'elle se repose enfin,
Pour ne rien faire...

Contempler, respirer l'air
Comme l'arbre épris du vent,
Comme l'enfant que nous avons tous été
Qui peut passer sa journée, tout son temps,
A regarder les branches  jouer avec le vent,
Se laisser transporter avec elles
Le temps que le ciel les prenne
Et les enmène dans ses ailes
Tourbillons.



Philippe David Belardi,  Contes, poèmes et nouvelles pour petits et grands enfants,  2017.

dimanche 9 avril 2017

Le point Vertigineux



Je veux atteindre ce point où tout s'effondre pour renaître en permanence, l'atteindre à moins qu'il ne vienne à moi, puisque son désir peut aussi bien appeler le mien à l'étreinte de nos deux corps. Je veux atteindre ce point vertigineux qui ne va pas sans rappeler le point sublime ou suprême d'un certain André Breton qui au nom de la poésie, provoqua le destin en duel.
Ce point qui échappe à toute topographie, à toute géométrie, qui est pourtant là quelque part, sur un plan insoupçonné encore, je l'entends qui résonne  dans chacune de mes pulsations intuitives comme un frisson qui hérisse à la surface de ma peau sensible, l'étoffe de mon âme.


J'ai depuis toujours assisté à ces rendez-vous manqués, où le hasard du destin ma manqué d'une seconde, d'un pas fait sur le côté pour esquiver notre rencontre. Pour pour me congédier et me renvoyer à mon attente, celle d'un désir qu'il désavouait du moins provisoirement.
Le destin jouait à cache-cache, moi les yeux bandés, lui tournoyant autour de moi  me transformant en toupille aveuglée,  séparée de ses  sentiers tortueux, escarpés, parfois à flanc de précipices, qui mènent à lui.


J'attendais la fin de ce jeu long et parfois cruel, même si je savais qu'il en valait la chandelle, celle qui de sa lumière éclairait enfin le monde obscurci par l'ignorance de mes pas perdus.
Ce point vertigineux pointait le bout de son nez maintenant, je le sentais désormais emporté par les vents doux qui effleurent la surface de ma peau, me donnant les indices de notre rencontre dans les évènements synchroniques de l'existence, ceux qui offrent davantage de profondeur à mon regard, d'épaisseur à ma pensée, de hauteur à mes jugements, de tranchant à mes décisions.


Car la réalité était autre que ce monde préfabriqué que ma pensée et sa mémoire complice dupliquaient à  souhait, me proposant toujours  le même monde. Une série illimitée de pâles copies d'un monde oublié. Ce modèle originel brillait pourtant derrière les nuages dissipés.  Il était ce point dérobé que mon cœur n'avait jamais  cessé de voir en ligne de mire  ; c'est mon corps et mon esprit qui maintenant l'assignaient à s'aligner sur la droite ligne que mon destin s'était promis de parcourir. J'étais près, enfin prêt... le vertige n'étant plus l'appréhension du vide, de la chute, mais l'appel intime de la conscience qui transformerait le monde en y invitant la Vie.  L'éclair de l'instant, l'étincelle de la Rencontre, la magie de la poésie, tout cela c'est la Vie qui se fixe en un point qui se dérobe et  que nous appelons "Je", faute de lui avoir trouvé un autre nom, son vrai nom. Ce que nous croyons être n'est que le moment où elle sait séparée d'elle pour se regarder dans son miroir : le point 'vertigineux '. Là où elle s'est arrêtée.  Nous sommes 'le souvenir de son image'... L'espace où l'arrêt inespéré de son mouvement éternel s'est posé pour se regarder.








 

mercredi 30 novembre 2016

Une pluie d'été




Nos souvenirs d'enfant sont là pour nous raconter que la Vie mérite d'être ...

                Une pluie d'été


Mots emportés par la pluie d'été,...
Leurs chants venaient de cogner à ma fenêtre.
  

Leurs sons encore séparés des lettres,
Avaient donné à leur manteau de gouttelettes,
L'épaisseur  du Vide  tant désiré.



Je me laissai emporté par leurs larmes ruisselantes,
Qui toutes nues
Coulaient verticalement
Sur le minéral transparent.
Sans retenue
Leur volupté déconcertante
Me contait leur voyage d'âmes errantes.



J'aurais voulu toutes les suivre dans leur doux mouvement,
Goûter leur joie de s'écouler  libres et sans attente.

Qu'avait donc à me conter l'eau du ciel, portée par les vents,
Elle qui avait choisi de venir frapper à ma fenêtre d'enfant ?

Qu'avait-elle à chanter, à me dire sur le monde que j'interrogeais insouciant ?
Qu'avais-je à entendre d'elle, elle qui avait semé sur la surface troublante de mon carreau tremblant,
Des étoiles d'eau nues, devenues folles, s'éclaboussant de lumières,
Dans l'été frémissant ?


Je décidai d'ouvrir grand mes rideaux
Respirer l'air que ma fenêtre prête à voler en éclats de joie,
Me sommait de laisser entrer dans ma chambre
Avant que le passé fasse disparaître
l'ombre de leur passage d'ambre
Doux comme la soie d'un corps d'ange en émoi.


Je sentais déjà en moi l'Appel du présent
S'engouffrer dans la brèche d'une prison
Dont les murs n'attendaient
plus que l'ébranlement
D'un ouragan rassurant,
Mais assez fou pour avec lui
M'emporter.


C'est alors qu'à ce moment précis,
Je sentis pour la toute première fois,
Une peau de pluie abritée dans un écrin de Vent,
Souffler sa tempête sur ma petite vie
Dispersée aux quatre vents.


J'étais vivant,
Peut-être étais-je même né une seconde fois,
Libéré enfin du souvenir et du sentiment d'Avant.
Un seul temps dépouillé des autres
Avait fait de moi le Prince du présent.

Qu'avais-je donc à lui raconter,
A cette belle d'un jour de juillet
Qui recouvrit de sa rosée
Mes joues roses d'été ?


Celle qui me quittera en laissant d'elle
Un souvenir de  traversée,
Sous un ciel transparent,
Dont le rose sang tout étonné
De voir mes joues succomber
A son baiser rouge passion.


Je l'avais rencontrée pour le meilleur et pour le pire,
Rencontrer ce que ma dernière heure
M'aurait jamais pardonner,
Retrouver dans le goût de ses lèvres
Le souvenir d'un amour effleuré.

J'ai rêvé ses lèvres,
Et la pluie cognait, ruisselait
A ma fenêtre…
Je m'endormis dans l'écho musical de ses lettres,
Certain que l' Amour ne serait plus un rêve,
Que demain serait le voile
Qui se lève
Sur toi.




                                                                 
                                         Souvenirs d'enfant, Une pluie d'été, Philippe David Belardi.



vendredi 5 août 2016

Lumière


Lumière.


Puisque je ne suis presque rien devant toi, 
Lumière,

Depuis que tu ouvres et refermes mes paupières,

J’attendais de toi au moins toi un signe, un geste, pour me faire,

Ton prince, ton roi, celui que tu voudras,

Qui t’accompagne Dieu sait là où tu vas.


Je sais bien que tu n’emportes rien avec toi,

Dans tes voyages sans toits,

Aux trajectoires vagabondes. 

Mais sur moi tes lèvres ont déposé ta sève  

Qui agite les eaux profondes

Et embrase la surface des rêves.


Tu me désertes

Comme je te désire,

Tu me quittes de ton pas alerte

Dès qu’il te faut partir,

Et mes poèmes en pures pertes 

Se perdent en mots inertes

Que tu renonces à lire.



Capturé dans tes filets translucides

Aux mailles d’air et de chrysalide,

Tu m’as rejeté comme un poisson à la mer,

Moi qui avais franchi le cap de ton invisible chair,

Fier de mes écailles étincelantes de soirée.


J’avais cru trouver un costume de taille

Pour te faire rêver,

Une belle parure qui effacerait mes failles, 

Pour te retarder,

Mais rien ne s'opposa à ce que tu t’en ailles 

pour me laisser,

Succombant à l’Appel de la traversée.


J’espérais pourtant t’arracher ce petit bout de toi

Qui fait que je suis homme et pas toi,

Celui que tu portais autour de ton cou,

Quand de l’autre côté de la nuit,

Tu m’as montré pour la toute première fois,

Le jeu des ombres perlées de pluie.



                                                                 J’ai longtemps souhaité de toi 

   Ce petit souvenir,

Qui me dirait quelque chose de ton désir : 

    Comment te retenir.


Et tu m’as donné ce quelque chose,

En échange de mon impétueux désir :

Ton précieux reflet prisonnier d'une rose,

Qui ne s’ouvre qu’à l’aube du Zéphyr.

Il fallut que je l’entende,

Le vent de bouche, me soufflant ta voix,

Que patiemment je l’attende  

Un petit matin à l’orée du bois.

Quand les branches des arbres tremblent

Qu'il ne reste que toi

Dans l'espace d'une seconde pour te plaire,
                                                           
                                                           Et me saisir de ma plume légère,

Pour écrire ce que je sais de toi.


Ton histoire,

Lumière qui se regarde dans le miroir

Qu’elle traverse,

Devant le poète, photographe de l'âme en détresse, 

Qui capture cet instant

Avant qu'il ne disparaisse.




  

      Philippe David Belardi. Lumière, Le miroir des âmes. 2016. 

jeudi 7 juillet 2016

Tourtour


TOURTOUR


Village perché au cœur du Ciel,

Tes nuages d’ailes

Sont les seules empreintes

D’un papillon qui sans crainte,

Toucha tes cimes de dentelles.


Tu nous a laissé pour seul emblème

Ce corps de bronze et de Reine,

Qui du haut de son royaume aquarelle, 

Veille sur le souffle créateur,  protègeant du temps ta citadelle.  


    Car le ciel t’a promis,
    Pour avoir prêté asile
    Au  papillon courageux et agile, 
    Sculpté dans sa lumière infinie,
    D’être désormais du Temps, et à jamais, affranchi.

                                          Tourtour,
          Ta sentinelle vers le ciel élancée,
          Protège comme personne l’hirondelle seule et égarée,
           Des plus téméraires  et dangereux vautours,
           Comme de tous ceux qui menacent un jour, ta beauté.

L’espace que tu as su dérober au temps
Te dévoile à nous, lentement,
Au détour d'une place, d'une fontaine ou d'un banc,
Dans ta pure tranquillité, où se repose en secret le présent. 


Tu détiens le secret de faire naitre le second silence,
Celui capable de remplacer nos douleurs
Par le chant de l’Espérance , 
Qui suit la mélodie discrète des profondeurs du coeur.

                                  C'est de là,

Que tu appelles à toi  les artistes, les poètes, les troubadours
Qui ont fait tremblé ta terre, depuis toujours.
Depuis que tu es le seul à comprendre le peintre désenchanté,
Prêt à tout pour s’approcher,
De la flamme qui anime ses dessins, ses couleurs, pour les faire danser.


Tourtour,
Un village qui restera fidèle,
Au peintre et à sa main rebelle,
Poursuivant la courbe de son pinceau glissant sur sa toile voutée,
Coloriant comme lui, le tréfonds du ciel,
Pour retenir de Lui, tout ce qu'il nous a patiemment enseigné.

A mieux regarder, pour prétendre un jour te voir,  
A mieux distinguer le blanc du noir,
Quitte à soulever le voile qui nous sépare,
 pour t'apercevoir toi, Tourtour,
Dans l'éclat de ton merveilleux bleu du soir.


                                                                     Philippe David Belardi, Tourtour, Un été, 2016.

  A Bernard Buffet et au village de Tourtour.

(1) Bernard Buffet, le peintre qui, des formes ensevelies sous la poussière de l’être, nous révéla la lumière qui s’y cachait, nous faisant progressivement redécouvrir sa nature  afin que nos yeux fragiles ne succombent pas à sa force prodigieuse et démesurée.

Il maniait comme tous les autres génies de la peinture ou de la sculpture, l’art de retenir la Lumière pour nous la rendre visible, sans danger  pour nos yeux inéduqués, inaptes à résister à son déploiement.

lundi 27 juin 2016

Silence




 

J’écris la lumière sur des pierres,


Des nénuphars, des bulles d’air,


Sur des ardoises d’écoliers,

Des espaces, que nos yeux ont manqués.


Rien ne résiste à mon fusain scalpel,

Qui scrute et sculpte la dentelle

Des corps fragiles

Aux bords tranchants,

De son encre indélébile   

Et invisible pourtant.


Mon pinceau agile, agite leur surface,

Pour les réveiller, les ressusciter, leur donner une place.

Je connais comme personne,

L’alphabet qui fait fondre les glaces,

Trembler le ciel aphone

Quand mes mots le résonnent.


Quand mon feutre amoureux

Ravive son moindre bleu,

Qu'il maquille sa face pâle,

Blanchit son gris ravageur,

Colorie son manteau étale

 De sa plus belle couleur.


Je le secours même quand il m’appelle,

Quand perdu dans ses profondeurs, 

Il implore depuis sa  fenêtre pastelle,

Son soleil consolateur.


J’écris aussi pour le mendiant,  le misérable,

Bafoués  par nos très honorables,

 Qui du haut de leurs creuses estrades,

Nous ont nourris de leurs belles fables.  


J’écris toujours au présent,

Pour les corps que le temps ravage,

Quand il les emporte au grand large, 

Pour les disperser au gré des quatre vents.


J’écris pour que rien ne soit oublié,

Du premier frisson au dernier baiser,

Pour que tout ce qui fut un jour éprouvé,

Ne soit à jamais et pour toujours sauvé.


Pour qu’une seule larme versée

Illumine un peu plus le soir tamisé,

Rafraichisse les déserts assoiffés,

Enivre les mondes les plus desséchés.

Pour que la plus timide des caresses,

Calme l’angoisse,  retarde la paresse,

D’un univers habilement voilé,

Derrière son plus grand secret.


J’attire alors à Lui,

Par le mouvement des marées,

Par le flux et le reflux de mes pensées,

Ce que le lit des mots à la surface a rejeté.

Poussière d’étoiles, poudre de lumière,

J’allumerai partout le feu sur terre,

Afin que la Vie consente à s’y plaire,

Toute captée par le reflet de sa lumière.


Ma prose faite de flamme, de lettres de lave calcinée,

Trouvera la moindre faille pour s’y glisser,

Celle que le  mystère nous a un jour laissée,

Pour faire surgir du passé les dieux enfuis ou cachés.

Elle fera danser les démons, sur des rythmes endiablés,

Les soumettra au feu du verbe tout puissant qui les a créés.

Elle nous accompagnera tous vers la source du temps, dissimulée,

Là où s’abreuvent la terre et la sève de l’arbre oublié.


Mes mots sont une flèche embrasée

Qui ne manque jamais sa cible,

Pas même la parole qui nous éloigna 

De notre chemin, imperceptible.

Le feu qu’elle transporte,


Assurément la touchera,


Porté par les courants compatissants du vent,


Par les forces orageuses des cieux,


Il est l’éclair qui captive nos yeux


La foudre qui abolit le temps. 


 J’écris enfin, pour que mon cri gronde,

Pour que le silence  me réponde, 

Dans sa voix d’outre-tombe

Qui déchirerait l’ombre, d’un ciel d’Etretat.


  Un premier mot,

Contre un premier pas,

Un petit peu monde

Pour me blottir dans ses bras.

Je ne veux que toi,  Silence,

Que tu sois le premier, le dernier pour moi.

Je veux m’oublier dans ton cœur immense,

Que la poésie avait préparé de ses pas,

Par sa seule et douce  prescience

Qui n’attendait que  toi.


                                                                          Philippe David Belardi,  Silence, 2016.