mercredi 3 février 2016

Fragment Les Triades du REEL

Les triades du Réel composent la structure par laquelle l'Être se révèle à nous dans sa manifestation ontique et qui suit le mouvement indiqué par ses multiples déclinaisons.  Leur conjonction est triadique et peut se lire comme une figure géométrique identique au triangle isocèle (le triangle d'Or). Ces formes dans leur triangulation peuvent s'appréhender à la lumière des concepts métaphysiques (ontologiques) et psychanalytiques (ontiques). Le logos étant une manifestation de l'Être, la langue qui lui est assignée, mérite d'être entendu du point de vue de la psychanalyse qui a le mérite d'interroger le sens dont le langage est porteur, même si en apparence, la  possibilité d'un métalangage lui reste voilée. Pourtant Lacan a su sans le vouloir ou peut-être en le suggérant implicitement, ouvrir la psychanalyse à une ontologie, si bien que les terminologies conceptuelles qu'il utilise sont les  traces de ses amitiés personnelles ou de pensées avec Heidegger, Merleau-Ponty les mystiques du 17ème siècle voire Plotin qu'il passe sous silence mais qui resurgit de plus belle à travers le goût qu'il porte à son hénologie.



La première triade s'annonce comme telle : l'Un- Le Multiple- le Devenir.
La seconde : L'Être- Le logos- Le parlêtre
La troisième : Le Manque à être - Le Désir - L'objet a.

Une quatrième triade vient s'ajouter à ce modèle épistémique en venant circonscrire ou enclore les deux dernières triades sous la forme du Temps qui donne mouvement à chaque forme ontologique et ontique. Le Temps (en tant que dynamique qui se double au mouvement initial de l'être) est le déploiement de chaque forme dans une temporalité qui lui est propre et singulière, et qui ouvre un espace donné en le remplissant de sa tonalité.


Cette quatrième triade est composée des 3 temps grecs : Kairos - Aïon - Chronos.


Ce modèle donne à penser comment l'Être parvient jusqu'à nous, dans ses manifestations ontiques, au travers du temps et de notre langage qui s'unissent autour d'une tonalité primordiale et féconde en émotions et par suite, en pensées.


L'émotion (stimmung) gouverne notre langue dans la mesure où c'est elle qui a fondé notre aptitude à utiliser le discours, à l'instar de Rousseau qui pensait que les gestes suffisaient pour que l'Homme  réponde à ses besoins, tandis que l'origine des langues tenait dans la nécessité et la difficulté pour lui, d'échanger des sentiments avec son semblable.


La langue qui unit l'homme à l'ÊTRE (L'alliance) ne séjourne auprès de lui que par l'ambiance émotionnelle qu'il peut lui accorder, s'accordant à elle pour s'ouvrir le monde et  faire qu'elle  se déploie dans sa propre phénoménalité, son mode d'apparaître. Cela dit, la langue qui revient à sa source, l'Être, lui conte le monde que l'Homme lui a ouvert, ce qui fait que la coappartenance de l'homme et de sa langue fonde le Logos Héraclitéen : le devenir 'dans' l'Être. C'est pour cela que l'Emotion primordiale (ontologique, orientée vers l'Être et tournant le dos au monde)  de l'Homme (celle que l'Être lui a léguée) est aussi importante que l'émotion ontique, qui crée et compose sa relation au monde qui l'anime en retour. Cette ekstase faisant éclore l'être de l'étant qu'est le Dasein, lui permet de 'colorer' la Langue qui en faisant-retour vers sa source,  modifiera leur destinée. Le poète doit pouvoir capter cette Emotio-émotion (ontico-ontologique) pour l'identifier et la faire chanter de telle manière qu'elle soit rendue à son 'authenticité', à savoir celle qui a constitué, constitue et constituera toujours le destin de l'homme qui s'écrit à chaque instant.
                                            "L'Homme est un poème que l'Être a commencé". Heidegger.

La dynamique ontologique de l'ÊTRE produit un excès engendrant un débordement par lequel il se déplace comme une vague sur  différents plans ontiques. Il en résulte une tension qui naît de la rencontre hétérogène entre l'Être et la matière qui résiste à l'événement : celui d'être animée par sa force. L'Être, une fois rencontrée et territorialisée cette matière, fait-retour telle la vague qui achève sa course amorçant déjà le ressac de la mer qui l'a portée. Ce mouvement retour déjà amorcé et réamorceé par la  vague suivante, est le manque en tant que 'ce qui afflue et porte en lui' ce qui doit non seulement disparaitre mais repartir du lieu qui l'a secouru 'le temps' de refluer vers son lieu d'origine. En ce sens, le désir ne provient pas uniquement du manque mais d'abord de l'excès qui retenu en lui (rétention) se libère, provoquant une phase de tension puis de retrait, retrait créant en dernière instance le manque.  Ce mouvement incessant de l'Être résonne partout où le monde a été visité par son passage, tandis que ses traces sont encore audibles et visibles pour celui qui est sensible à leur présence-absence.




Le poète cherche dans l' ouïr à capter les vibrations des mots qui doivent s'agencer de telle sorte que leur résonnance entre avec celle de l'être. Dans un jeu de miroir inversé, les mots du poète sont chantés, tandis que le sens qu'ils produisent en nous (la réponse provenant de l'être), fait retour  pour convoquer notre destin en vue de s'annoncer à nous-mêmes. L'appel est donc rappel, et le désir appelant, une demande qui exige d'être exaucée car l'appelant et le destinataire s'articulent dans cette rencontre énigmatique où le maître mot est : la réconciliation.


Différer son advenue (notre destin), pis encore, la dénier, plonge l'homme dans une existence privée de Vie. Les symptômes en tous genres, parlent de cette privation dont l'homme captivé par le monde phénoménal (aliéné au monde des objets) est responsable.  Cependant, tout refoulement fait aussi retour et de plus belle, et l'oubli de l'être fait aussi retour dans le chant poétique. Le poète veille cependant à ce qu'une certaine limite ne soit pas franchie par l'égarement de l'homme dans l'éloignement de sa patrie. Il veille à ce que 'l'oubli de l'oubli de l'être' ne soit pas accompli dans l'être de l'étant, du Dasein



La voix peut emporter loin nos rêves,
Elle peut même les faire s'évanouir dans le parfum de l'attente,
Mais elle ne peut jamais nous mentir quand elle fait trembler la Langue
De sa mélodie sourde et grondante,
Appelant le vide à se soumettre à sa propre Loi.
Car le destin est alors affranchi de toute retenue,
Et la promesse tenue.















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